( 1857-1920 )

Repères biographiques

Né en 1857 à Caracas, d’une mère d’origine française et d’un père d’origine italienne, il rejoint la France à l’âge de cinq ans, à Enghien-les-Bains où ses parents s’installent afin de développer des affaires commerciales [1] .

La Lecture, 1888, Huile sur bois, collection privée

En 1878, lors de l’Exposition Universelle de Paris, visitant la salle de la peinture française du XIXème siècle, il décide de devenir peintre. Il s’inscrit alors à l’Académie Julian, suivant les cours des peintres Jean-Paul Laurens et William Bouguereau, de 1880 à 1885, aux côtés de ses compatriotes Cristobal Rojas et Arturo Michelena. Il y rencontre Henri Martin, qui devient un ami proche et aura une grande influence sur son œuvre. Il effectue avec ce dernier un voyage en Italie (1885-1888). Il réalise un premier envoi de peintures au Salon des Artistes Français en 1887, où il expose jusqu’en 1920. Son œuvre La Lecture y obtient, en 1888, la mention honorable. En 1889, il obtient la médaille de bronze à l’Exposition Universelle de Paris.

Il rencontre, vers 1897, Agustina Dehay, modèle, qu’il épouse en 1901.

Vers 1899, il s’installe à Vaux-sur-Seine dans une maison-atelier, nommée le Gibet, qu’il fait construire en surplomb de la vallée de la Seine, d’où il peindra les premières œuvres de la série des Grande Rue (1901-1911).

En 1900, il découvre les œuvres de Claude Monet à l’Exposition du Centenaire de la Peinture française au musée du Petit-Palais. La même année, il obtient la médaille d’argent à l’Exposition Universelle de Paris pour son œuvre Labor, acquise par le musée américain de Philadelphie.

Le départ pour les champs,
1894, Huile sur toile, Caracas, Consejo Nacional de la Cultura

En 1902, il divorce d’Agustina Dehay qui conserve la maison de Vaux-sur-Seine.

Il travaille en Italie de 1907 à 1909.

En 1910 a lieu une Rétrospective Boggio au Salon des Artistes Français. Il s’installe à Auvers-sur-Oise, dans la « Villa Rustique », rue Boucher.

En 1912 a lieu sa première exposition personnelle à la galerie de Georges Petit, à Paris.

En 1919, l’exposition personnelle de ses œuvres à l’Université Centrale du Venezuela, à Caracas, connaît un grand succès.

Il décède en 1920, à Auvers-sur-Oise, à l’âge de 63 ans.

L’œuvre

On peut distinguer trois grands pans de l’œuvre d’Émile Boggio :

Une période « d’orientation symbolisante »[2] (1880-1900), dont il ne nous est parvenu aujourd’hui que peu d’œuvres. Ce style vaut à Boggio d’être exposé au Salon des Artistes Français (mention honorable pour La Lecture en 1888) et d’être primé aux expositions universelles de 1889 et de 1900. Beatriz Sogbe lui reconnaît une admiration pour Pierre Puvis de Chavanne [3].

Une période « post-impressionniste et pré-expressionniste » [4] (1900-1920), marquée par la découverte des œuvres de Claude Monet, avec qui il se lie d’amitié. Son style, poursuivant les recherches du post-impressionnisme français, est empreint d’une forte expressivité inspirée de Henri Martin, un travail sur la lumière, le tout chapeauté par une influence libre de Van Gogh. Par les liens qu’il préserve avec Camille Pissarro, Pierre-Auguste Renoir ou encore Albert Marquet, l’œuvre de Boggio intègre les recherches du groupe impressionniste.

Celle-ci est ancrée dans l’atmosphère et le lieu qu’elle dépeint, qu’il s’agisse de la banlieue parisienne qu’il affectionne pour son côté à la fois pittoresque et rude ; ou de l’Italie, d’où il ramène de nombreux tableaux et photographies.

Une œuvre photographique peu connue : il n’existe à ce jour qu’un spécialiste de ce pan de l’œuvre de Boggio, à savoir Alejandro Oramas Maza. Attiré par cette technique, Boggio photographie dès le début du XXe. Sa photographie accompagne ses recherches en peinture, mais se suffit esthétiquement aussi à elle-même, proche du courant pictorialiste [6].

Reconnaissance et postérité

Une reconnaissance officielle relative : Boggio expose régulièrement au salon. Une salle lui est consacrée en 1910, bien que celle-ci passe inaperçue.

Une reconnaissance par ses pairs : intégré dans le siècle des impressionnistes, il fait l’admiration de Sisley et Pissarro. Monet, Marquet et Renoir lui achètent de nombreuses toiles.

Une postérité inégale : une reconnaissance tardive (et relative) en France, un triomphe au Venezuela. Les œuvres sont restées dans la famille (source : Xavier Boggio) jusque dans les années 1960, avant que les Venezueliens ne les redécouvrent. Un musée lui est consacré en 1973 (Museo Boggio à Caracas). Un probable effet de cette découverte est la multiplication des œuvres de Boggio vendues aux enchères à partir de la fin des années 1970 [7]. De nombreux artis

tes vénézuéliens se réclament de son héritage, dont Armando Reverón.

Localisation des œuvres

Quatre œuvres au Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam :

Meules à Auvers-sur-Oise (par temps gris), 1911, huile sur bois
© Musée Louis Senlecq – Isle Adam
  • Bords de l’Oise à Auvers, 1915, Huile sur bois © Musée Louis Senlecq – Isle Adam
  • Les prunus à contre- jour, Auvers, 1920, Huile sur toile © Musée Louis Senlecq – Isle Adam
  • Meules à Auvers-sur-Oise (par temps gris), 1911, huile sur bois © Musée Louis Senlecq – Isle Adam
  • Vue de l’Oise vers Pontoise, Auvers, 1917, huile sur toile © Musée Louis Senlecq – Isle Adam

Une œuvre au Musée d’Orsay :

Les pruniers en fleurs, non-daté, huile sur toile

Une œuvre au centre Pompidou :

Les moissonneurs, Auvers-sur-Oise, 1915, huile sur toile © Photo (C) Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Bertrand Prévost

Une œuvre au musée de Villefranche-sur-Saône :

Le bac (déchargement de la péniche charbonnière), 1912

Deux œuvres au musée Daubigny d’Auvers-sur-Oise [8]

La cueillette des pois à Auvers, huile sur panneau

L’Oise en hiver au soleil couchant, huile sur panneau, 1912)

Une œuvre au musée Tavet-Delacour de Pontoise [9]

Expositions principales

  • 1883 – 1920 : Salon des artistes français, Paris (sauf 1904, et de 1915 à 1919)
  • 1889 : Exposition universelle (médaille de bronze)
  • 1900 : Exposition universelle (médaille d’argent)
  • 1903 – 1918 : Salon d’Automne (sauf 1905, 1908 et 1909). Exposition rétrospective en 1910 (72 œuvres)
  • 1912 Rétrospective Emilio Boggio, Paris, Galerie Georges Petit (80 œuvres)
  • 1919 : Exposition Emilio Boggio, Caracas, Université centrale
  • 1925 : Rétrospective Emilio Boggio, Paris, Galerie Georges Petit (136 œuvres)
  • 1956 : Rétrospective Emilio Boggio, Caracas, Galeria Fundación Mendoza
  • 1963 : Emilio Boggio, Caracas, Galeria de Arte Moderno
  • 1970 : Cincuentenario muerte, Caracas, Galeria de Arte Moderno
  • 1973 : Museo Emilio Boggio, Caracas
  • 1975 : Pontoise, “Peintres des bords de l’Oise”, 1975
  • 1993 : Paysages 1860-1920, Auvers-sur-Oise, musée Daubigny
  • 1997 : De Boggio à Boggio, Auvers-sur-Oise, musée Daubigny
  • 2004 : Emilio Boggio, un disciple de Monet. Les « Grande Rue », L’Isle-Adam, Musée Louis-Senlecq
  • 2007 : “L’Oise de Dupré à Vlaminck”, l’Isle-Adam, Musée Louis-Senlecq, Centre J.H.L.
  • 2012 : Boggio fotografo postimpresionista, Museo de Bellas Artes de Caracas, en partenariat avec ambassade de France et Alliance française de Caracas.

Sélection bibliographique

BENEZIT, A., « Boggio (Emilio) », Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Vol. 2, Paris,Gründ, 1976, p.116BOULTON, A., History of painting in Venezuela, National era, vol. 11, Caracas, Editorial Art, 1968
 
Frédéric CHAPPEY, « La série des Grande Rue du peintre Emilio Boggio (1857-1920) : entre symbolisme et expressionnisme », in cat. Exp. Emilio Boggio, un disciple de Monet. Les « Grande Rue », L’Isle-Adam, musée Louis- Senlecq, 2004
 
Marie-Paule DEFOSSEZ, Les grands peintres du Val d’Oise, Editions du Valhermeil, 2000
 
Gaston DIEHL, « Emile Boggio, un lyrisme triomphant », in cat. Exp. De Boggio à Boggio, Auvers-sur-Oise, muséeDaubigny, 1997
 
Christophe DUVIVIER, « Emilio Boggio », in cat. Exp. Camille Pissarro et les peintres de la vallée de l’Oise, Pontoise, Musée Tavet-Delacour ; Böblingen, Städtische Galerie, 2003
 
Albert JUYENT, Emilio Boggio, Caracas, Ediciones de la Commission of the Cuatricentenario de Caracas, 1968
 
Alejandro ORAMAS MAZA, Boggio : fotografo impresionista, Caracas, Centro Nacional de Fotografia, 2013
 
Mariano PICON-SALAS, « Emilio Boggio y su pintura », in cat. Exp. Exposicion de pinturas de Emilio Boggio, Caracas, Galerie fondation Mendoza, 1956
 
Beatriz SOGBE, Emilio Boggio, Caracas, El Nacional Bancaribe, 2008, 144 pp.
 
François THIEBAULT-SISSON, Emile Boggio, in cat. Exp. Exposition Emile Boggio, Paris, Galerie Georges Petit, 1925
 

  1. Cf. Frédéric CHAPPEY, « La série des Grande Rue du peintre Emilio Boggio (1857-1920) : entre symbolisme et expressionnisme », in cat. Exp. Emilio Boggio, un disciple de Monet. Les « Grande Rue », L’Isle-Adam, musée Louis-Senlecq, 2004
  2. Gaston DIEHL, « Emile Boggio, un lyrisme triomphant », in cat. Exp. De Boggio à Boggio, Auvers-sur-Oise, musée Daubigny, 1997
  3. Beatriz SOGBE, Emilio Boggio, Caracas, El Nacional Bancaribe, 2008, 144 pp.
  4. CHAPPEY (2004)
  5. Alejandro ORAMAS MAZA, Boggio : fotografo impresionista, Caracas, Centro Nacional de Fotografia, 2013
  6. « Ne la cherchez pas. Elle est introuvable. Le hasard me la fit découvrir derrière le tapis d’un grand magasin, au rez-de-chaussée. M. Emile Boggio, invité par la société, a été oublié par toute la critique. On ne l’avait point vu : il était trop bien caché. Or c’est un artiste de premier ordre, qui « tache » le paysage avec une virtuosité, une liberté et une délicatesse de vision par quoi il s’apparente à notre grand Pissarro tout en restant lui-même […] », Pascal Forthuny, Le Siècle, 13 juin 1910
  7. En témoignent les nombreuses archives de catalogues de vente au Centre de Documentation du musée d’Orsay.
  8. Source : Musée Daubigny
  9. Source : Xavier Boggio